Au fil des discussions que j’ai ici et là, avec les gens que je rencontre au quotidien, je réalise que certaines personnes semblent déstabilisées par le fait que je n’aie plus de maison ou d’appartement qui m’appartienne en propre. Il leur apparaît difficile de concevoir que je puisse ne posséder rien d’autre que ma valise et son contenu.
« Tu ne te sens pas un peu perdue, quand tu reviens au Québec? », me demande-t-on comme si, au moment de remettre le pied en sol québécois, je devais être saisie d’une soudaine angoisse à l’idée de devoir me loger quelque part.
En ce qui concerne les moments où je suis à l’étranger, on ne me pose pas trop la question, ou relativement peu; on imagine fort bien qu’une location Airbnb, un hôtel ou tout autre arrangement me sert d’hébergement. Mais c’est autre chose lorsque je rentre « à la maison »; on tient pour acquis qu’il me faut quelque chose qui fasse office, justement, de « maison ».
À vrai dire, quant à moi, je ne vois pas de différence entre l’étranger et le Québec.
D’abord parce qu’on y trouve les mêmes facilités d’hébergement; il n’est donc pas de raison que je sois déboussolée en revenant sur ce territoire que je connais si bien.
Ensuite parce que ma « maison » — que je conçois dans le sens de « home » plutôt que « house » — n’est pas pour moi un concept matériel. C’est plutôt un « lieu » (qui n’a pas lui non plus à être matériel) que je définis comme étant celui où je me sens confortable et en sécurité.
Bien qu’il m’arrive de blaguer en disant que je voyage avec ma maison, à la manière d’un escargot, je ne considère pas vraiment que ce soit ma valise en tant que telle qui me tienne lieu de maison.
Je me sens chez moi partout où je me trouve, car j’ai appris à vivre avec moi-même, c’est-à-dire avec l’inéluctable solitude et la nécessaire indépendance qui découlent de mon mode de vie.
Je suis ma propre demeure.


