De la générosité

Je sais, depuis longtemps déjà, que j’ai des amis exceptionnels. Depuis que je suis nomade, j’ai encore plus d’occasions d’en prendre conscience et de l’apprécier.

Ce sont mes amis qui m’ont enseigné la générosité, l’hospitalité et la bienveillance. C’est que dans mon enfance, à la maison où j’ai grandi, on ne recevait personne. Ou si rarement que c’est à peine si j’en garde le souvenir. D’aussi loin que je me souvienne, la maison familiale se révélait le territoire jalousement préservé de ma mère et on n’y laissait entrer aucun intrus sans son autorisation. Et ma mère n’avait pas l’autorisation facile! Quand mes amis m’accompagnaient à domicile, le temps que j’y récupère quelque chose avant de repartir jouer dehors avec eux, il n’était pas permis de les faire franchir le seuil de la porte. Ils devaient m’attendre dehors. Même par temps pluvieux ou froid. Je n’invitais personne à la maison. Je n’en avais pas la permission.

Mes amis d’aujourd’hui incarnent tout le contraire de cette attitude de fermeture dans laquelle j’ai grandi. Ce sont des gens ouverts, aimants, accueillants. Des hommes et des femmes faciles à vivre, chaleureux, avec qui rien n’est jamais compliqué.

Sans même que je demande quoi que ce soit, on m’invite à séjourner si j’en ai besoin, on me dit que je suis la bienvenue en tout temps lors mes retours en sol québécois. On m’écrit parfois pour me dire : «Eh! Quand est-ce que tu reviens?» Certains poussent même la générosité jusqu’à m’offrir un double de clé à garder avec moi en permanence.

C’est toujours les joues empourprées, avec une curieuse culpabilité mêlée de reconnaissance, que j’accueille cette bienveillance. J’accepte l’offre avec plaisir, mais je précise que je ne vais rester qu’une nuit ou deux, pas plus, de crainte d’abuser de cette gentillesse. Je ne voudrais surtout pas déranger. On me gronde alors avec affection. Je peux rester toute la semaine, si je veux! Et d’une fois à l’autre, on me le répète. Il faut me le répéter. Je suis dure de comprenure.

Je vis peut-être modestement, mais je suis riche de mes amitiés.